Archive pour mars, 2012

Bijou de Couture et Bijou de Parurier

Posted in Bijoux, Histoire du Bijou Fantaisie on mars 28, 2012 by Salomé Osorio

Collerette et boucles d’oreilles, fin 50′ Maison Gripoix. Photo Giovanni Gastel.

Entre 1910 et 1970, la mode prend une nouvelle tournure. Et cette mode se dévoile lors de défilés. Les vêtements sont mis en scène avec des accessoires : sacs, chaussures, chapeaux et bijoux. En ce qui concerne les bijoux, le couturier travaille en collaboration avec des paruriers. Ce terme comprenait certains métiers d’art dont le brodeur, le plumassier, le boutonnier, le bottier ou encore le fabriquant de bijoux fantaisie. Ces bijoux sont en général créés pour et avec les maisons de couture, ces pièces sont réservées aux défilés de mode. Viennent ensuite les multiples qui sont destinés aux boutiques attenantes aux maisons de couture.

 

La société Paul Piel (puis Piel Frères à partir de 1892) sera d’un grand soutien pour la fantaisie, jusqu’à sa fermeture dans les années 1930.

Pochette, Etude pour un collier, Escarpin Louboutin en collaboration avec la maison Lesage.

En 1924, Albert Lesage et sa femme, alors modéliste chez Madeleine Vionnet, achètent  la maison Michonet. Ils se spécialisent dans la broderie d’art ; ils recouvrent robes de soirées et accessoires de strass, cristaux et perles. Depuis près d’un demi-siècle, ils accueillent dans leurs ateliers tous les grands noms de la haute couture : Dior, Balmain, Givenchy, Chanel et surtout Christian Lacroix, grand amateur de broderies et inconditionnel de la maison Lesage. Depuis 1992, pour diffuser leur savoir-faire mais aussi pour le protéger, François Lesage, digne héritier de cette famille de brodeurs, a ouvert l’école de broderie Lesage.

Comme pour les vêtements, il y a en général deux collections : la collection haute couture et la collection prêt à porter. Les bijoux sont créés en séries limitées voire en pièces uniques en matières fantaisies. Comme ce bijou doit s’assortir avec des habits très innovants, créatifs voire parfois extravagants, il se doit d’être tout autant créatif.

Le bijou de couture s’impose dès les années 1930 et verra la fin de son âge d’or dans les années 1970 alors que les créateurs indépendants prennent la relève.

Publicités

Bijou d’Artiste et Bijou Contemporain

Posted in Bijoux, Histoire du Bijou Fantaisie on mars 21, 2012 by Salomé Osorio

Le bijou d’artiste est un bijou créé ou fabriqué (ou les deux) par une personne reconnue au préalable dans une autre discipline comme un artiste. On peut observer que ce sont majoritairement les sculpteurs qui s’essayeront au bijou. On remarque cependant que les artistes s’étant attardés sur le bijou se sont aussi bien exprimés dans la joaillerie que dans la fantaisie. On peut ainsi comprendre que c’est la notoriété du créateur (et en l’occurrence de l’artiste) qui amène ses contemporains à regarder l’objet comme une œuvre. Évidemment, l’objet en question est très souvent digne de cet intérêt.

Deux Broches Araignée, Or et Argent Massif, Louise Bourgeois.

Autour des années 50, le bijou se libère de ses références traditionnelles et s’affirme comme une véritable forme d’expression artistique et un moyen de communication sociale. C’est ce que l’on appellera le bijou contemporain. On retrouve dans cette brève définition les valeurs que voulait exprimer l’UAM (l’Union des Artistes Modernes).

Galeries Parisiennes dans le Domaine du Bijou Contemporain

La galerie Sven, la galerie Gennari et la galerie Sophie Boubat, parmi d’autres, ont joué un rôle important pour la diffusion de la notion de bijou contemporain et d’artistes. Aujourd’hui, les galeries de bijoux sont aux nombre de trois : la galerie Naïla de Monbrison, créée en 1987, propose des bijoux ethniques et contemporains et consacre quatre expositions par an à un artiste ou à un thème ; la galerie Hélène Porée, fondée en 1992, montre les créations françaises et internationales d’avant-garde ; la S, fondée en 1992 par Bruno Livrelli propose des créations françaises et internationales, ainsi que des bijoux d’édition.

Il a plusieurs raisons expliquant la non-dépréciation de ces bijoux pourtant en matières non-précieuses. La première est la qualité esthétique de l’objet. Et plus qu’une simple esthétique, on aperçoit dans l’objet une force poétique qui rappelle parfois celle de l’Art.

De plus, il faut bien penser que ces bijoux sont signés quasiment systématiquement. Ce n’est que dans les années 1970-80 que l’on commence à réfléchir à cette possibilité. D’autre part,les matières utilisées ne sont pas des imitations de matières précieuses, mais bien des matières qui existent pour elles-mêmes. On n’utilise pas des plaqués de métal pour ressembler à l’or, on utilise du silicone, car c’est la première fois dans l’histoire que l’on parvient à avoir une matière souple, légère et solide.

Collier Insectes. Plexiglas et insectes en métal coloré. Elsa Schiaparelli, vers 1938. Brooklyn Muséum.

Le Bijou Fantaisie est à la Mode 3/3

Posted in Bijoux, Histoire du Bijou Fantaisie on mars 14, 2012 by Salomé Osorio

LA PERCEPTION DE LA FANTAISIE

Le bijou fantaisie évolue énormément au cours du siècle et petit à petit son statut change, et cela autant aux yeux des clientes qu’aux yeux des marchands et professionnels.

De 1900 à 1945

Couverture du magazine Femina, 1931.

La presse féminine se popularise. Devant le rôle pris par les femmes dans les décisions d’achat, les directeurs de journaux cherchent à gagner une clientèle féminine et populaire. Le développement de l’industrie des cosmétiques permet la création de plusieurs magazines : Votre beauté (1932), mensuel de luxe s’adressant aux femmes aisées. Jean Prouvost lance Marie-Claire (1939) : il est tiré dès le départ à 800 000 exemplaires et fait révolution.

Les magazines de mode féminine de cette période ne montrent pas encore de bijoux fantaisies, mais ce borne à des modèles de joaillerie.

De 1945 à 1960-70

Illustration pour ELLE, 1960 Georges Barbier Paru dans l’Almanach des modes, 1924. On remarque la broche en matière fantaisie qui ponctue la robe au niveau de l’épaule.

Avant l’industrialisation, prospère encore l’artisan dit de « réparation ». En cette période, il disparait presque totalement. On ne répare plus les bijoux, on en rachète.

Ces bijoux, par leur qualité créative, exercent une réelle influence sur le goût du public et par répercussion sur l’orientation des fabricants. Et c’est véritablement à cette époque que le bijou fantaisie prend deux directions opposées, par démocratisation :  il y a d’un côté, les usines qui assurent la fabrication en série et popularisent un look ; de l’autre, les stylistes ou les artisans de maisons de couture, qui lancent un style.

Au cours de cette période, la presse mode se développe, avec l’arrivée de nouveaux magazines, dont ELLE, après 1945. Le bijou fantaisie trouve petit à petit sa place dans ces revues, même s’ils sont rarement légendés, sauf lorsqu’ils viennent d’une grande maison de couture telle que Chanel.

De 1960-1970 à 2000

Il y a au cours de cette période une volonté de comprendre le bijou fantaisie et de le valoriser comme objet de création voire parfois comme objet d’art. Bien sur, on admettra toujours qu’un bijou d’or et de rubis aura plus de valeur qu’un bijou de bois et de métal ; on les met pourtant de plus en plus sur un pied d’égalité esthétique, à condition que sa technique de fabrication soit irréprochable.

Le bijou fantaisie gagne progressivement le marché des antiquaires et des maisons de vente. On voit en lui un retour à une créativité brute et vraie : il se démocratise, et, devenant plus humble, retrouve les vertus magiques des premiers galets peints, ses ancêtres.

Les gammes de prix sont nombreuses et se calquent finalement à la multiplicité des classes sociales. L’offre est très segmentée, de l’entrée au haut de gamme, ce qui lui confère un important potentiel de diversification (style et matériaux), finalement supérieur au marché du bijou précieux.

Le Bijou Fantaisie est à la Mode 2/3

Posted in Bijoux, Histoire du Bijou Fantaisie on mars 8, 2012 by Salomé Osorio

L’INSTITUTIONNALISATION DE LA FANTAISIE

Associations d’Artistes

L’UAM (L’Union des Artistes Modernes) regroupait plusieurs artistes, architectes, créateurs qui s’opposaient à l’académisme dans leurs domaines de création. Peu importent le résultat, la fonction de l’objet ou même les matières utilisées. On passe des sièges en tube d’acier de René Herbst aux tissages artisanaux d’Hélène Henry. Puis on s’arrête sur les bijoux en métaux précieux de Raymond Templier et les meubles « bon marché » de Francis Jourdain. Il n’y a pourtant pas de lien franc, qu’il soit intellectuel ou technique entre ces quelques œuvres. Par contre, ces individus sont liés par une même volonté : utiliser des matériaux nouveaux et intégrer les formes du monde industriel.

Et ce sont bien les bijoutiers de l’UAM qui, en préférant utiliser l’argent plutôt que l’or, feront prévaloir l’innovation formelle et conceptuelle sur la valeur intrinsèque du bijou. Trente ans après sa création, le groupe se dissout. On accuse parfois le concept même de l’UAM, trop vaste pour être contenu. Ou peut-être a-t-il apporté trop de confusion aux contemporains, qui n’étaient pas encore près à recevoir ces idées. Cette association fut peut-être la première à comprendre que les matières utilisées n’ont pas de rapport avec la recherche artistique de l’objet.

En 1982, un petit groupe d’artistes et autres bijoutiers créateurs se constitue sous le nom d’Héphaïstos. Il s’agit d’une association française fondée par cinq créateurs de bijoux dont Catherine Noll.

Quelques années plus tôt, en 1976, c’est Gilles Jonemann qui fonde les ateliers de Font Blanche, près de Nîmes.

Collier composé de perles en jade, de galets en cristal de roche et jade gravés. Fermoir en cristal de roche. Catherine Noll, 1980.
Bracelet Chat, Collection de Février 1989. Cuir, noix de coco et métal. Gilles Jonemann.

 

Ces deux groupes, indépendants de tout académisme, répondent en fait à une demande. Plus tellement sur le plan conceptuel voire intellectuel de l’UAM, mais sur le plan technique. Les créateurs libres d’esprit sont de plus en plus nombreux, mais ont besoin de référence, de méthode.

Et L’Enseignement ?

En dehors de l’instruction du métier d’orfèvre joaillier, il est difficile d’apprendre les techniques de fabrication, ou l’Histoire de la bijouterie fantaisie qui permettrait à l’apprenti d’avoir des références stylistiques.

Ceci dit, les enseignements du bijou dans sa généralité, ne sont pas non plus très nombreux. Il existe l’AFEDAP Paris, l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg, en choisissant une filière précise, l’école technique privée de la bijouterie-joaillerie (la HBJO) et enfin l’institut de Bijouterie de Saumur. Cependant, on remarque que cette discipline est souvent suivie dès la fin du collège à travers une formation professionnelle, comme le CAP, le BEP ou autre Bac Pro. Pour les jeunes créateurs désireux d’avoir un diplôme reconnu mais pas dans un objectif d’artisanat ou d’ouvrier, il n’y a pas de demi-mesure.

Jean-Yves le Mignot, président de la Triennale de Bijou, tente une explication lors de la troisième triennale du bijou. «  La France est avant tout un pays qui a une tradition dans le domaine de la joaillerie, une tradition doublée d’un grand savoir-faire. La conséquence directe de ce phénomène est que les écoles orientent leur formation dans ce sens et cherchent avant tout à fournir de bons techniciens pour la joaillerie au détriment de la création. Ce qui manque en France, ce sont des formations de troisième cycle pour la création de bijoux ».

Pourtant, aujourd’hui encore, « ces formations de troisième cycle » où la créativité plutôt que la technique serait mise en valeur, n’existent pas. Il est possible que le non enseignement du bijou fantaisie dévalorise ce métier, aux yeux de la clientèle certes, mais aussi aux yeux du créateur qui aurait besoin d’une approbation vis-à-vis d’une autorité compétente en ce domaine .